Au Croisic on y vogue et on s’en pique !

Le Croisic sonne comme une destination bien bretonne, aussi attachante que méconnue. Une ville lestée d’histoire, ses quais enracinés au bout de la presqu’ile de Guérande, au carrefour d’espaces naturels singuliers.

L’aborder en voilier sous spinnaker, mollement gonflé d’une petite brise d’ouest, soleil encore haut, procure ce bonheur unique réservé aux navigateurs. Béquiller le bateau dans l’une des chambres, en prévision du jusant qui déposera notre coque sur une énorme couche de vase, c’est une expérience de physique bien sympathique. Et le début d’un jeu sur la rime trop tentante au Croisic ! Où donc placerai-je bernique ?

Bateau amarré, rien de plus pratique que nos jambes, pour qu’en marchant ou pédalant à un ou deux jets de pierre, on découvre, on admire, on s’étonne, on apprécie, on apprenne, et que jamais on ne tique. Histoire, géographie, sciences naturelles, économie, poésie, toutes les disciplines s’y imbriquent.

C’est ici un port de mer, devenu plus touristique qu’industrieux, caractéristique de l’évolution économique, comme en témoigne l’appréciable quantité de restaurants et de bars installés sur ces quais historiques. Leurs noms se doivent d’évoquer le milieu marin, selon un code naïf propre à l’exercice, un clin d’œil ludique au client de passage.

En témoigne aussi ces baigneurs, tout aussi naïfs, exprimant un idéal de la plage largement partagé par les citadins. Une représentation du bord de mer au goût de sucette et au parfum d’eau de rose, jusqu’à la niaiserie, qui reste bien éloignée de la réalité dramatique, abrupte, que dépeignait si justement un Henri Queffelec, romancier de l’authentique.

Du haut de la colline de vingt mètres qui domine la ville, nous contemplons le chenal qui relie l’océan Atlantique aux marais salants de Guérande. Colline atypique puisqu’elle fut élevée grâce aux lests de pierres laissés par les innombrables voiliers venus ici charger leurs cargaisons de sel, formant lest au départ du Croisic.

La culture du sel dans les marais de Guérande remonte aux temps antiques, voire au Paléolithique, et les modes de culture n’ont manifestement pas varié depuis, presque rien de mécanique sur ces damiers aux formes géométriques ! Le ratissage à la main y a gardé toute sa noblesse, quand partout ailleurs le moteur thermique ou électrique a supplanté le muscle. Reste que la fleur de sel, le fin du fin produit par ce terroir, atteint des prix astronomiques … pour du sel !

Moment héroïque inscrit sur cette plaque commémorative, qui rappelle toute la violence de la révolution française dans cette région rétive à l’ordre, ou au désordre c’est selon, nouveau.

Le plus illustre des croisicais, Pierre Bouguer, fut un savant typique du 18ème siècle, expert en de multiples matières, à commencer par les mathématiques, doublé d’une endurance exceptionnelle. C’est ainsi qu’il participa à la très épique expédition de la mesure du méridien terrestre, en Equateur.

Une aventure s’étendant sur près de dix ans, jalonnée d’errements chaotiques et de disputes homériques, enfin couronnée par des présentations publiques à l’Académie des sciences ! A cette époque les académiciens étaient en travaux pratiques, sur le terrain, poussant la roue de la science toujours plus avant.

Au Croisic on y vogue et on s’en pique. Mais alors pour la rime promise au lecteur impatient? Bernique!

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8 comments on “Au Croisic on y vogue et on s’en pique !”

  1. jmto56 dit :

    Belle balade ! mais zut on était pas là : je crois à un hic !

  2. Merci pour cette balade et ses détours insolites que j’ai découverts grâce à vous !!

  3. Veyret dit :

    Magnifique !
    Quel courage mirifique de naviguer par ces temps horrifiques !
    Amitié à vous deux
    Marc

  4. Avec ce spinnaker mollement gonflé on voit d’entrée de jeu que le souffle de l’écrivain nous attend pour la visite .
    Mais que veut dire “on s’en pique”?
    Alain

    1. Alain dit :

      Belle expression dont j’avais oublié le sens.
      Se piquer de =se glorifier de, tirer vanité de
      Alain (le même)

    2. Merci Alain! Heureux d’avoir provoqué ta curiosité, voire ta perplexité … Le choix des mots et des formes ne vaut à mon sens que par le jeu et les combinaisons toujours nouvelles auxquels ils se prêtent. Trop fiers en effet d’une superbe ballade, jusqu’à s’en vanter, mais aussi piqués par cette drogue du voyage, du regard toujours mis en question. En “accro” du voyage, se piquer prend ici son sens médical. Exemple:
      “Injections d’héparine: comment (bien) se piquer? D’abord, il faut se mettre dans une position qui fasse apparaître un bourrelet et choisir un site d’injection, au niveau de la ceinture. Ensuite, vous saisissez le pli entre le pouce et l’index, vous y enfoncez l’aiguille verticalement et vous injectez le produit. Vous ne relâchez le bourrelet qu’après avoir retiré l’aiguille. Enfin, après quelques secondes, vous pouvez appliquer un petit coton sec sur la zone d’injection et appuyer légèrement, mais sans masser.”

  5. De Montevideo,
    le Croisic c’est bien beau,
    Si c’était au Mexique,
    Le Croisic c’est bernique…
    On fait ce qu’on peut pour les rimes…

  6. Polack dit :

    Superbe

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